• 6 Août 2018 - Le jour d'après...

    C'est vers 5h30 du matin qu'on émerge brutalement de notre nuit d'enfer sans aucune autre secousse pour raviver la peur... Merci Ganeshou...

    Le soleil vient de se lever sur Amed, sur la plage de Jemeluk en contrebas de notre nid d'aigle... Les gens du Sunset font un boucan du diable, ils veulent fermer et nous font comprendre qu'on doit déguerpir ! Pas un Selamat Pagi, pas un sourire, ils se sont gavés toute la nuit de beaux billets quand on voit toutes les bouteilles mortes de Bière Bintang sur les tables et par terre. Ils sont à vomir.

    Ce point haut d'Amed est à présent clôturé et ils veulent fermer à clé leur petit business en or. On est certain que cette nuit, ils ont du faire exploser leur chiffre d'affaire ! Vive les tremblements de terre et les alertes Tsunami !

    Les jeunes qui ont partagé notre lit d'infortune, se pressent devant l'insistance des tauliers. Moi, je prends mon temps et je les emmerde tous ! Je me déplie doucement, mon bras et mon épaule sont dans un état catastrophique, j'ai mal à en pleurer. On se secoue, on est plein de terre, on range nos serviettes de plage qui nous ont servi de couverture, on se regarde tous et dans les visages des autres, j'imagine nos visages à nous, tout aussi défaits, tout aussi fatigués, tout aussi épuisés...

    Les locaux quittent les lieux et rentrent chez eux. On est les derniers à partir et on découvre la route déserte. En face, le nouveau restaurant en bambou est vide, il n'a pas du accueillir grand monde cette nuit.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Marc redescend les deux matelas de plage à notre hôtel, je l'attends pendant que nos jeunes redescendent aussi. On a décidé tous ensemble d'aller prendre le petit déjeuner même si ce n'est pas l'heure, de prendre une douche chaude, de régler notre aubergiste et de quitter les lieux. Pour nous, c'est facile car nous devions partir aujourd'hui... pour les jeunes c'est plus problématique. Ils ne savent pas où aller... certains veulent s'éloigner de la mer. On est tous un peu traumatisé par les événements de la veille. 

    D'autres veulent rentrer en France et se rapprocher de l'aéroport qui a été bien secoué lui aussi. J'envoie un message à Ketut lui disant qu'on quitte Amed pour s'éloigner de Lombok ce qui le rassure et lui demande s'il a de la place pour accueillir tout ce petit monde qui veut quitter l'île. Il me confirme que l'hôtel peut accueillir nos jeunes et que pour sa part il quitte Kuta pour aller dans son village qu'il n'arrive pas à joindre. Il se fait beaucoup de souci pour sa famille. On se quitte en se promettant de se tenir au courant, je croise les doigts pour que tout se termine bien pour lui aussi.

    Quand Marc revient, on installe nos pépères et on redescend vers l'hôtel où nous attendent déjà nos jeunes. Ils attendent patiemment que quelqu'un leur serve quelque chose mais il n'y a personne ! Moi, je ne suis pas patiente et en plus j'ai les nerfs ! 'Faut pas venir me frotter ce matin ! Je frappe en cuisine, je frappe à toutes les portes pour réveiller tout ce petit monde. Quand le patron arrive, les yeux tout bouffis, je vois bien qu'il n'a pas dormi de la nuit lui non plus. Qui aurait pu !? Mais lui, n'a certainement pas eu froid ! Quand je pense, qu'il n'a même pas penser à nous porter des couvertures ou même ses matelas de plage ! Ils ont tous été en dessous de tout !

    Je lui dis qu'on est tous épuisés qu'on a besoin de café, de chaud, qu'on a besoin de manger et que si ce n'est pas encore 7h (heure du petit déjeuner normal), on n'en a rien à foutre ! Le ton est sans appel et tout ce beau monde commence à se bouléguer comme il faut. 

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Sur la plage, on constate que la mer est anormalement haute... on n'est pas tranquille du tout... La peur, qui hier soir, s'était comme gelée dans notre cerveau, gagne aujourd'hui du terrain. 

    On déjeune tous rapidement, les jeunes attendent des voitures pour descendre vers l'aéroport ou vers Ubud. Nous, on décide de se prendre une bonne douche chaude avant d'attaquer la route vers Tejakula, notre prochaine étape. Marc passe en premier, vitesse grand V. Pendant ce temps, je fais le tour de cette chambre où on avait été si heureux.. elle a aujourd'hui quelque chose de différent... Le jour d'après, tout semble moins lumineux, moins beau, moins...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Les fissures aux murs de notre chambre sont moins importantes que celles des jeunes d'à côté mais elles bel et bien là.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Je constate que le patron a enlevé tous les débris du balcon comme si les enlever pouvait minimiser les dégâts... effacer ce qui s'est passé.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Les piliers qui tiennent la dalle en béton du toit semblent aujourd'hui bien fragiles... mais on sait qu'après un bon coup de balai, quelques coups de mastic et de peinture, on n'y verra que du feu. D'autres touristes viendront après nous dans cette chambre, c'est certain... Nous, on a qu'une hâte c'est de la quitter.

    Quand on redescend de notre chambre perchée, plus propres et nos sacs mieux rangés, l'aubergiste nous a déjà préparé la note. Bien entendu, il nous a compté les deux nuits. Pas un geste commercial pour cette nuit d'infortune... mais on ne s'attendait à rien d'autre de sa part.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    On quitte rapidement les lieux après avoir dit au revoir à nos jeunes compagnons d'une nuit mémorable...

    On longe les plages d'Amed qui sont désertes ainsi que les rues. Les locaux ont tous l'air renfrogné, fermé, les touristes sont tous partis cette nuit, nous sommes les derniers à lever le camp. 

    Comme on n'a plus d'essence, on s'arrête pour faire le plein mais le pompiste nous annonce d'entrée un prix de folie ! 50 000 roupies le litre ! Mais il est malade, celui-là !? Le prix normal est de 7 800 à la station ! On le laisse là et on s'arrête à la station suivante, 20 000 roupies ! A la suivante 15 000 roupies...  Il est clair que le tremblement de terre et l'alerte Tsunami ont fait grimper les tarifs ! On en a marre de ce petit jeu, on remplit nos réservoirs et on quitte ces lieux qui nous dépriment au niveau humain, que c'est rrrien de le dire ! 

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    On quitte Amed avec en point de mire Agung qui semble beaucoup moins dans les nuages ce matin. Je le trouve aujourd'hui, bien différent... 

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     Tulamben passé, je comprends pourquoi... Son cône ne ressemble plus du tout à celui que j'ai connu il y a deux ans...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    On s'arrête, on s'allume une cigarette... Gros pépère est énorme... On s'imagine très bien son éruption à nouveau possible, la peur qu'il peut engendrer... Il est massif, imposant...

    On reprend la route avec une seule idée, s'éloigner le plus possible et de lui, et de Lombok. On a lu les nouvelles ce matin, de nombreux décès, des maisons effondrées, plus d'électricité ni d'eau... Les touristes sont évacués mais les habitants de l'île ont besoin d'aide...

     

    Sur Facebook les expatriés à Bali commencent à organiser des choses... Comme d'habitude nous passons avant les locaux.

    On roule, on roule vers Tejakula, sans presque nous arrêter. La route est déserte et les visages rencontrés sont fermés tout comme les nôtres certainement. Je crois qu'on est tous sonné, c'est le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Quand on arrive à Tejakula, il est à peine 10 heures. Nous sommes terriblement en avance. Dès qu'on arrive à la Villa Kubu, on constate qu'on n'est pas très loin de la mer mais que la montagne est toute proche et qu'en deux coups de vroum vroum scooter, on pourra se mettre à l'abris en cas d'alerte Tsunami. On n'aurait jamais pensé à ça avant hier soir.

    On a trouvé cet hébergement sur Airbnb. On voulait pouvoir se faire la cuisine comme sur Ubud et être au calme. 13€ la nuit avec petit déjeuner, pas très loin des randos qu'on veut faire, c'est parfait. La mamie qui nous accueille ne parle pas un mot d'anglais mais elle nous passe de suite son fils au téléphone. Je lui explique la nuit mouvementée qu'on vient de passer et il nous propose de nous reposer dans le jardin, le temps que le ménage de la chambre soit fait. No souçaï, le jardin est magnifique et on peut s'allonger un peu partout ! On est épuisé... ces 50 kilomètres de plus entre Lombok et nous, ont été difficiles. On a donné nos dernières forces dans ce trajet.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    On a peu à attendre avant de jeter nos sacs dans cette chambre petite mais très confortable. Marc choisit de dormir... je ne peux pas. Comme d'habitude, j'ai besoin d'écrire pour évacuer la nuit dernière. Puis quand j'ai terminé d'écrire, je pars faire les courses en scooter. Je n'achète que des trucs qui nous donnent du plaisir. Du chocolat, des mangues, des biscuits, du coca, du jus d'orange, ... je dévalise le magasin ! Toujours se donner du plaisir quand on est dans les embrouilles et même après les embrouilles ! yes

    Revenue à l'oustau, Marc dort toujours. Je me fais alpaguer par un monsieur du coin qui m'indique un restaurant où aller manger ce soir. On est vraiment isolé de tout dans ce coin.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Je m'y rends en scooter, c'est en bord de mer dans une espèce de résidence pour végétariens, yogaïstes méditeux et autres Zen un peu space...

    Le resto est mignon mais assez cher. C'est normal, il n'y a que deux warungs sur cette plage... Ils ont aligné leurs prix et ne se font ainsi pas de concurrence... 'Faute de mieux pour ce soir, nous le testerons.

    Quand je croise les yogaïstes méditeux, je leur demande comment s'est passé le tremblement ici. Tout comme à Amed, le tremblement a été violent. Et, quand je demande où est le point d'évacuation le plus proche, tous me regardent avec des yeux ahuris ! Comment !? Vous êtes restés là !? Vous n'avez pas eu peur de l'alerte Tsunami !?

    A ce mot, le patron du lieu s'avance vers moi et éclate de rire ! Pour lui, je raconte n'importe quoi, il n'y a jamais eu d'alerte et je fais peur à ses clients ! Quand je sors mon téléphone et montre la copie d'écran de Catherine qui indiquait la levée de l'alerte sur Bali, il me tourne les talons et me plante là. Quant aux clients ils retournent tous à leur activité de méditation, me prenant pour une folle !

    Je suis tombée chez les fadas que je me dis en quittant les lieux... Je pense que pour ne pas faire peur aux clients, les hôteliers d'ici ont préféré minimiser la situation. Mais mettre la vie de personnes en danger, juste pour ne pas perdre d'argent... est hallucinant tout de même !

    Je rentre m'allonger un peu moi aussi mais à l'extérieur, je laisse la clim' à Marc qui pour moi est toujours trop fraîche ! Mais je n'arrive toujours pas à m'assoupir... Mon esprit et mon corps sont toujours en alerte. Le moindre bruit, le moindre silence, tout est bon à me faire ouvrir les yeux. Je suis toujours en alerte maximum.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Quand Marc émerge sur le coup de 16h, il est frais comme un gardon. Moi, beaucoup moins, mais j'ai besoin, on a besoin de se sentir vivant. On part donc à pied découvrir ce nouvel endroit qui va nous servir d'abris pour quelques jours.

    Nous évaluons de suite que notre villa est à 300 mètres de la mer mais déjà en hauteur. Nous sommes au milieu des cocotiers dans un espèce de hameau. Le soleil dore le paysage de ses rayons qui déclinent tout est magnifique et les gens très souriants et sympathiques. Quel bonheur après les mines renfrognées d'Amed.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Nous sommes dans un village de pêcheurs et de saliculteurs. J'ai l'impression de revoir Amed lors de ma première visite.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Comme il y a peu de touristes dans ce coin de Bali, les gens sont comme je les ai toujours connus sur l'île, communicatifs, aimables et agréables. Les enfants viennent vers nous et ce soir, ça nous fait un bien particulièrement fou. 

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Marc est en super forme, il trouve tout beau et c'est vrai que c'est beau. Petit à petit, je recommence à me détendre et main dans la main, on longe cette plage presque coupée du monde... Les gens rient en nous croisant et nous appellent "Roméo & Juliette", trop mignon.

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

     

    Quand le soleil se couche, on se rend dans ce resto pour yogaïstes méditeux... mais non seulement c'est cher mais en plus ce n'est pas bon et les gens sont vraiment trop... space ! On se dit qu'on va se faire la cuisine, ça sera toujours bien meilleur que ça ! yes

    6 Août 2018 - Le jour d'après...

    Rentrés dans notre joli jardin où nous sommes seuls au monde (il n'y a que trois bungalows et nous sommes les seuls clients), on se couche sans demander notre reste. Je suis incapable d'écrire une bafouille ce soir... Mon cerveau est trop épuisé.

    Mais, pour la première fois depuis qu'on est sur la route, on ne déplie pas nos affaires... On ne sort que la trousse de toilette. On ne sais jamais... Si jamais ça recommençait à trembler, on aurait vite fait de décamper vers les hauteurs.

    Nous sommes le jour d'après... et plus rien n'est à présent comme avant...

     

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  • Commentaires

    7
    Cri
    Vendredi 10 Août à 13:05
    Bien stressés tout de même Roméo & Juliette !... on le serait à moins ! Ces moments difficiles semblent épuisants ! J’espe Que vous allez enfin trouver un endroit qui vous repose les yeux le coeur et tout le reste
    6
    Gibee
    Jeudi 9 Août à 21:59
    Gibee
    Roméo et Juliette
    5
    Mumu13
    Jeudi 9 Août à 20:58
    Je ressens à travers tes lignes ta peur, ta déception, et ta peine isa. On pense très fort à vous et on vous embrasse. ❤️
    4
    michele92
    Jeudi 9 Août à 17:45

    A quell date est prévu votre retour en France?? En attendant essayez de profiter de bons moments tous les deux mais ne prenez pas de risque. Bisous à vous 2

    3
    Jeudi 9 Août à 16:02

    Il y a le jour d'après et les jours d'après.

    Profiter d'augmenter les prix suite au tremblement de terre, c'est.............j'ose.............dégueulasse.

    Profitez bien de vous deux et des beaux paysages que vous voyez et prenez bien soin de vous !

    Bonne continuation avec de meilleures nouvelles, bises à vous deux, à bientôt.

    2
    Lydie T
    Jeudi 9 Août à 16:02
    Je me revois en 2013 après le tremblement de terre et après l'éruption de novembre l'année dernière.
    Et ça ne sera plus jamais comme avant et les "gens" surtout.
    Money money ça prime sur tout.
    1
    maryse
    Jeudi 9 Août à 15:52

    ce midi ils ont annoncé 300 morts aux infos ! quelle tristesse !  L'attitude de certains est vraiment horrible ! profitez du malheur pour se faire du fric. Vous êtes maintenant bien installés ! tu as fait de très jolies photos et retrouvé les sourires de tes Balinais ! Je t'admire vraiment, tu prends le temps d'écrire et de nous faire partager ces moments qui resteront inoubliables pour vous deux. Prenez soin de vous ! Bisous

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